Hubert de Montille - Droit comme la justice

Hubert de Montille est un homme de conviction. Durant toute sa vie, l'avocat s'est battu avec force et passion pour défendre ses idées. Et ses enfants ne peuvent évidemment pas renier le caractère que leur père leur a transmis. Ce caractère que l'on retrouve aujourd'hui dans les chardonnays d'Alix, dans les pinots noirs d'Étienne. Et s'il ne les a pas incité à lui succéder, sans doute pour tester leur force... de caractère. Il reconnaît d'ailleurs bien volontiers, lorsque ses enfants ont quitté la pièce, qu'il est un homme heureux. Car son Domaine qui n'était à l'époque qu'un "joujou", est aujourd'hui une véritable affaire familiale.

Hubert a deux amours : sa carrière d'avocat, son "gagne-pain", et sa vigne. Il mènera ainsi une double vie d'avocat et de vigneron. Si sa carrière d'homme du barreau est à son apogée dans les années 80, lorsqu'il défend la famille Laroche, dans l'affaire du petit Grégory, elle n'écarte pas son idée folle, celle de remonter un domaine familial parti en fumée après les crises successives et les successions. Le Domaine, qui comptait autrefois 12 hectares, est réduit à sa plus simple expression. Lorsqu'il en reprend ses destinées, le vignoble de Montille ne dépasse pas les trois hectares. Une situation qu'Hubert a bien du mal à accepter. Entre deux procès, il n'aura de cesse de redonner de la dimension à ce trésor familial, autrefois propriétaire de très grands vins, notamment le célèbre Musigny. Passionné et pugnace, l'homme de loi devient un incroyable pionnier et surtout un ardent défenseur de la notion de terroir et des vins de garde, garants selon lui de l'authenticité bourguignonne. Il se moque pas mal d'avoir "un raisonnement d'avant-guerre" avec ses vins extraits. Il sait que le Domaine travaille davantage aujourd'hui la souplesse mais reste pour sa part campé sur ses gardes.

On connaît l'homme comme un propriétaire de Volnay, assis sur des parcelles mythiques comme ce Volnay Premier Cru "Taillepieds". On sait moins que cet orphelin, désargenté, a recréé de toutes pièces son domaine, à force de conviction, passionné qu'il est par cette identité bourguignonne. Les banques refusent de l'aider à acquérir de nouvelles parcelles, qu'importe, il s'en passera. Aujourd'hui, le Domaine s'est construit une solide réputation avec des vins de caractère, de terroir. Son premier millésime, en 1947, est déjà une petite victoire. Il remplace au pied levé son oncle parti d'urgence à la maternité au chevet de son épouse. Il a tout juste 17 ans. "Il faisait trente degrés, se rappelle Hubert. Nous avions étalé les raisins dans la cour toute la nuit pour les rafraîchir". Le millésime fut sauvé. Avec sa gouaille naturelle, il revient sur toutes ces belles années... par exemple cette même année 1947, qui lui avait donné "un vin exceptionnel" qu'il adorait pour sa structure mais qui fut pourtant refusé pour le Tastevinage. Un tournant. "C'est ce qui m'a donné la force. J'ai compris à ce moment-là que je ferais avant tout des vins que j'aime et pas ceux des autres". Indépendant, Hubert a toujours suivi son chemin en se moquant des standards. Le succès est au rendez-vous. Lorsqu'on lui demande qui l'a marqué ou inspiré, il répond simplement "Personne". En ouvrant un Volnay premier cru Taillepieds 1985, une de ses meilleures années, il trouve rapidement l'inspiration... "Ce qui me plaît dans tout ça, c'est l'étonnement. L'étonnement que l'on ressent lorsque l'on ouvre une bouteille. Je suis comme un gamin", avoue-t-il avec cette lumière qui n'a jamais quitté son regard... On comprend alors qu'Hubert a tout dit, il faut alors tout arrêter là, lever son verre, sentir, déguster et réaliser tout le travail accompli. Un vrai voyage dans le temps. "Ce Volnay a eu le temps d'évoluer, il est complexe. Il est à boire", conclut-il. C'est un sentiment étrange: l'histoire, le patrimoine, les hommes, le passé... 1985 remonte à la surface en une fraction de seconde, aussi insaisissable que sublime. Et Hubert est content de lui, avec son sourire, celui d'un gamin de 18 ans.

Une question à...
Pourquoi militer pour les vins de garde ?
"Les arômes tertiaires, la complexité d'un vin qui se révèle après vingt ans... les gens sont complètement à côté de la plaque en consommant les vins trop jeunes. Je me cramponne et me bat pour que les gens conservent leurs vins. On les massacre en les buvant jeunes. Personne ne veut plus attendre, on veut tout et tout de suite. Plus personne n'a de cave ni de moyens. Tout ça, c'est de la foutaise... ils ont bien les moyens d'aller se faire bronzer ou de s'acheter des grosses bagnoles... "

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