Histoires de famille

Comme toutes les belles histoires, elle nous fait voyager dans le temps. Le passé, ses racines ; le présent, la nouvelle génération ; l'évolution, pas la révolution... un savant mélange, un équilibre même, entre tradition et modernité, le changement dans la continuité, oserait-on dire.

La famille trouve ses origines au milieu du XVIIe siècle à Créancey dans l'Auxois avec les Seigneurs de Commeau. Puis vint le XVIIIe siècle ; "Le domaine est antérieur à la révolution, il a été créé dans les années 1750", précise Hubert de Montille. Il sera rebaptisé de Montille après l'union de Marie Eléonore Chauvelot de Chevannes et d'Étienne Joseph Marie Léonce Bizouard de Montille, le grand-père d'Hubert, le 9 avril 1863. "Montille", comme on l'appelle à l'époque, partage son temps entre ses domaines de Volnay et de Créancey et la Société des Agriculteurs de France dont il est l'un des fondateurs.

Tout reconstruire
Le domaine est alors assis sur un véritable trésor que l'époque n'apprécie pas à sa juste valeur. Musigny, Bonnes Mares, Chambolle-Musigny 1er Cru "les Amoureuses"... au total, 12 hectares de terroirs magnifiques, plantés en pinot noir en Côte de Nuits et Côte de Beaune. Et si ces parcelles font aujourd'hui rêver les amateurs (et les vignerons), elles seront pourtant vendues lorsque la situation financière de la famille le nécessitera. "À l'époque, note Étienne de Montille, il était plus courant de se séparer de la vigne plutôt que des prés, plus rentables". Petit à petit, le domaine s'effrite. En Bourgogne, un dicton dit qu'une seule génération suffit à réduire à néant le travail de plusieurs... Lorsque Hubert décide de stopper cette érosion, le domaine familial est réduit à sa plus simple expression, à peine 3 hectares, y compris plusieurs parcelles de  Volnay 1er Cru.

Un tournant avec l'arrivée d'Hubert

Car si la tradition veut que les hommes de la famille embrassent une carrière d'homme de loi, l'arrivée d'Hubert de Montille marquera pourtant un tournant dans l' "étiquette" familiale. Bien sûr, il sera avocat tout comme son père, mais il conduira une double vie entre Volnay et Dijon, entre la vigne et le droit. Aujourd'hui il a encore des étincelles dans les yeux lorsqu'il évoque sa carrière de vigneron. Cet homme précurseur et passionné a gravé dans sa mémoire chacun de ses millésimes... Dès sa première vendange, en 1947, il rompt avec la coutume de vendre les vins aux négociants. Hubert de Montille sera l'un des premiers à croire en l'avenir de la bouteille. Cette nouvelle politique maison jouera un rôle capital dans l'avenir du domaine. "Lorsque vous vous mettez à vendre vos bouteilles et non plus vos vins en vrac, la démarche devient complètement différente", explique Etienne.

Les années 50
Les années 1950 amorcent la naissance d'une nouvelle viticulture. Le Domaine Hubert de Montille affirme son identité. "Mon père est un homme de caractère et de goût. Il a compris très vite qu'il voulait faire des vins qu'il aimait et non pas de vins qui se vendent", précise Etienne. Ses vins ne sont ni techniques, ni ronds... Ils sont au contraire authentiques et s'affirment avec le temps, quitte, parfois, à paraître prétentieux dans leur première jeunesse. Les vins d'Hubert de Montille ont de la personnalité.Le terroir, toujours le terroir.
C'est cette approche radicalement différente qui va le propulser parmi les grands domaines de Bourgogne. À une époque où plus de 90% des vins de la région partent au négoce, avec un style disons standardisé, les "petits" domaines se démarquent en confectionnant des vins radicalement différents. Il est alors question de faire ressortir cette notion très particulière qu'on appelle "terroir". Chaque appellation, chaque climat, que les moines ont commencé à classifier et cultiver depuis un millénaire, donne un vin révélant sa personnalité. Etienne précise: "Mon père cherchait avant tout à respecter l'authenticité de chacun de ses terroirs, en faisant des vins peu alcoolisés, élégants, avec une belle pureté aromatique".

"Fait maison" ...
La viticulture, Etienne et Alix sont tombés dedans lorsqu'ils étaient tout petits. Mais pas question pour Hubert de laisser ses enfants imaginer reprendre le flambeau "sans apprendre un vrai métier auparavant". Mais si les enfants ont respecté la tradition familiale en s'orientant d'abord vers une carrière juridique, le naturel revient vite au galop.

En 1983, Etienne fait ses débuts au domaine après une année aux USA. Il apprend avec son père et à la fac jusqu'en 1990 quand il devient responsable des vinifications.
En 1995, il est nommé co-gérant et s'affirme en passant le Domaine en bio et commence à adapter les vinifications à ses idées.
En 2001, il revient à plein temps à la terre pour se consacrer au Domaine et au Château de Puligny-Montrachet. Il prend alors pleinement les commandes et affirme son style, sa "philosophie" : la culture en biodynamie, la vendange entière, des vins plus soyeux, moins austères, tout en conservant les grandes idées apprises aux côtés de son père: l'authenticité, la pureté, l'élégance et l'équilibre.
En 2003, Alix revient elle aussi à ses premiers amours à Volnay. Elle et Etienne ont crée "Maison DEux Montille Sœur Frère", un micro négoce consacrée principalement aux vins blancs. "Tous nos raisins sont, comme au Domaine, minutieusement sélectionnés, récoltés et vinifiés avec ce même savoir-faire maison, cette même philosophie", explique Alix. Depuis 2006, c'est elle qui prend en charge les vins blancs du domaine, notamment le précieux Puligny Cailleret et Corton-Charlemagne. Avec Etienne qui veille à la destinée des vins rouges et Alix à celle des blancs, l'histoire familiale peut continuer.
Depuis 2003, Etienne se démène pour agrandir le domaine avec des vignes exceptionnelles... et le faire revenir en Côte de Nuit, au Clos-Vougeot et à Vosne-Romanée, juste à coté de la Tâche !
En 2011, le domaine compte 20 hectares de vignes dont 75% en Premiers et Grands Crus sur les deux Côtes.

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