Étienne de Montille - le successeur

La passation s'est finalement faite entre Hubert, le père, et Étienne, le fils. Et pourtant, il est difficile de remplacer Hubert de Montille. L'image du père est forte, celle du vinificateur l'est autant. Pas facile dans ses conditions de prendre la succession d'un tel domaine. D'ailleurs, lorsque vous demandez à Étienne de lui parler de son histoire, sans réfléchir, il entamera la fabuleuse histoire d'Hubert, son père, devenu grand parmi les grands. Et l'on sent chez le fils une profonde et respectueuse admiration pour l'homme. C'est en baignant dans cet univers hors norme, qu'inconsciemment, Étienne se formera. En Bourgogne, on appelle ça l'école de l'excellence où les grands chefs succèdent aux grands viticulteurs venus s'arrêter partager leurs secrets et surtout de bons moments

Différent, Étienne partage pourtant de nombreux points communs avec son père. Comme lui et perpétrer une tradition familiale, il fera son droit, deviendra avocat avant de revenir au domaine familial. Il a fait ses études de droit à Sciences po à Paris puis s'est lancé dans une carrière dans le conseil en fusion-acquisition. Comme lui, c'est un homme de goût et de caractère. Comme lui, il aime cette sensation indescriptible de parvenir à révéler l'expression d'un terroir, de vinifier un Volnay par exemple pour l'amener à dévoiler sa plus belle expression, celle d'un pinot noir fin et élégant, racé et droit, viscéralement attaché à sa terre. Lorsqu'il est dompté, Volnay et les autres donnent le meilleur d'eux-mêmes. C'est cette petite étincelle que vous pouvez apercevoir dans les yeux du "faiseur" lorsque son vin atteint toute cette complexité.

Bien avant de reprendre les destinées du domaine, en 1995, Étienne éprouve l'envie de "l'ailleurs". Direction la Californie, San Francisco, où il fêtera ses 20 ans et vivra de petits boulots dont barman à Chez Panisse, le restaurant qui participe à la révolution "Food and wine" du pays. C'est ici, au milieu des apôtres du goût et de la nouvelle cuisine, qu'il découvre que sa vie sera à Volnay, un jour, à force d'entendre des ses nouveaux amis du Nouveau Monde la chance incroyable d'avoir ce domaine qui lui tend les bras. C'est ici encore, qu'il se découvre une âme de voyageur qui ne le quittera plus. Aujourd'hui, le domaine exporte 90% de ses vins et Étienne n'y est évidemment pas étranger.

En 1983, il rentre en France pour ses premières vendanges avec ses copains américains et avec la ferme idée de succéder à son père. Après un diplôme technique d'œnologie et un long apprentissage à ses côtés, Étienne cherche à s'affirmer en 1990 en demandant la responsabilité de la vinification. La "rivalité" père-fils, la confrontation de deux générations aussi, seront difficiles à gérer pour les deux hommes. La tradition contre le progrès.

Deux "aimants" opposés et pourtant qui tirent chacun le domaine vers le haut. "Il est difficile de faire passer ses idées, explique Étienne, d'autant plus lorsque l'on manque d'expérience. Mais en 1995, les choses évoluent, Etienne devient plus confiant, il vinifie déjà depuis plus de 10 ans et devient co-gérant. Il fait passer le domaine  dans l'ère du bio (1995), puis à la bio-dynamie en 2005. « De nombreux changements s'opèrent ensuite, mon père est sans doute moins combattif". Le rôle de Christiane, la mère d'Etienne et l'épouse d'Hubert, est immense. Dans l'ombre, elle assure toute l'intendance. Remarquable femme de goût et cuisinière de talent, elle forme le goût de la famille. Elle etait là, toujours présente, souvent dans l'ombre et cherchait à concilier ou à arbitrer.

Résultat, à partir de 1998, "il y a plus d'Étienne que d'Hubert dans la bouteille". Un changement de style mais pas d'esprit. Le père et le fils recherchent d'ailleurs la même chose : l'authenticité, la pureté aromatique, l'élégance bien sûr, nous à Volnay tout de même, et l'équilibre, une force de la nature pour un pinot noir bien élevé. Un changement oui mais dans le respect de ce qui a été fait auparavant.

Une question à...
Bien sûr, Étienne est différent d'Hubert comme l'est Alix, mais le dénominateur commun est large dans l'approche du vin et du terroir ?

"Mon père est un homme de caractère et de goût. Il a compris avant tout le monde qu'il voulait des vins à son goût et pas des vins standardisés comme il se faisait à l'époque. Lorsque l'on peut s'affranchir de la réalité du marché économique, c'est une énorme liberté. Vendre ses propres vins à la bouteille, ce n'est pas du tout la même approche que lorsque vous vendez toute votre production à un négociant. Mon père a fait des vins qui sortaient du lot. C'est pour cela qu'il s'est fait remarquer. Quand vous êtes enfant, vous ne comprenez pas pourquoi les gens s'arrêtent chez vous et flattent votre père. C'était sa grande fierté, d'être considéré comme une personnalité. J'ai grandi avec cette idée que le vin était un produit unique. Mais si nous sommes d'accord sur la notion de terroir, je ne partage pas forcément la même approche sur les caractères des vins.

Mon père les travaillait pour devenir des vins de garde, austères, droits comme la justice dans leur jeunesse. Je suis contre cette idée de faire des vins de garde coûte que coûte. J'essaie davantage de deviner le millésime et le vinifier selon sa personnalité et son potentiel. Mon père m'a transmis cette passion pour les vins authentiques, purs, équilibrés et élégants qui se subliment en vieillissant... j'ai ajouté la gourmandise et le velours dans la texture. Les tanins s'arrondissent et laissent le charme de certaines appellations opérer; Sans jamais marquer le moindre manque de respect au terroir et à la tradition."

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